Ferdinand Riccardi, un pionnier parmi les correspondants de l’Union européenne, d’Agence Europe, nous a quittés à l’âge de 89 ans. Notre ancien Président, Michel Theys, a écrit un adieu dans le bulletin d’Agence Europe du 26 septembre, traçant la longue carrière de Fedi. Nous le reproduisons ici avec nos remerciements à Michel Theys et Agence Europe.

L’Agence Europe est en deuil : Ferdinando Riccardi est décédé vendredi 22 septembre au soir à Bruxelles. Avec lui disparaît un immense journaliste, un humaniste pétri de culture et un Européen de conviction.

Né le 21 novembre 1928 à Turin, Ferdinando – « Fedi » pour tous ceux qui fréquentaient les salles de presse des institutions européennes ou qui ont eu le privilège de travailler à ses côtés – a commencé très tôt à écrire : avec son grand frère, il tape sur leur petite machine à écrire des appels aux Italiens, les priant de ne pas obéir au régime de Mussolini, qui leur demande de prendre les armes pour défendre l’Italie du Nord après le débarquement des Alliés dans le Sud. Son frère est arrêté ; il mourra à 16 ans dans un camp de concentration.

Comme il l’a confié en juillet 2007 à Cafébabel, voilà qui aurait pu le faire « dévier vers la haine ou la rancune envers l’Allemagne ». Il n’en sera rien car, déjà, cet amoureux de Dante adorait également la culture allemande et, plus largement, les vecteurs de la culture européenne, de Praxitèle à Shakespeare, en passant par Bach et tous les compositeurs du bel canto, dont il restera friand jusqu’au bout. Ses amis savent combien il pouvait être intarissable lorsqu’il vantait la pureté de la voix de la Callas…

Homme de culture, Fedi était aussi un amoureux des sports. Pour financer ses études en Lettres modernes à l’Université de Rome qui allait s’appeler bientôt La Sapienza, ce passionné de tennis – qu’il pratiquera jusqu’à la soixantaine – et, tout naturellement en tant que Turinois de naissance, grand supporter de la Juve, fait d’ailleurs ses premières armes en tant qu’apprenti journaliste… sportif. Le virus ne le lâchera plus puisque, au milieu des années 1950, il couvre l’actualité sportive à Paris pour différents médias italiens. 

À la fin 1957, il a rendez-vous avec l’entreprise familiale et, partant, avec l’Europe. Son père, le comte Lodovico Riccardi, président de l’agence de presse italienne Ansa, a observé avec intérêt le projet européen qui a été lancé par Jean Monnet et Robert Schuman en 1950. Son intérêt est même si grand qu’il a demandé au chef du bureau d’Ansa à Gênes, Emanuele Gazzo, d’aller à Luxembourg y devenir le premier journaliste d’un nouvel organe de presse, l’Agence Europe, créée en décembre 1952, quelques mois à peine après que la Haute autorité de la Communauté européenne du charbon et de l’acier se soit installée dans la capitale grand-ducale. Le président Monnet aura bientôt à composer avec cette Agence Europe qui, souvent, l’irrite par ses scoops, mais dont la crédibilité est par conséquent très vite grandissante dans les lieux où l’Europe continue à se bâtir. La Communauté économique européenne et la Communauté européenne de l’énergie atomique, Euratom, voient bientôt le jour. Or, c’est à Bruxelles, pas dans la capitale grand-ducale, que les deux nouvelles Commissions vont s’installer…

Ferdinando Riccardi accepte alors la proposition qui lui est faite de s’installer dans la capitale belge pour y ouvrir le bureau de l’Agence Europe en 1958. Il ne la quittera plus, pas plus que Bruxelles. Le journaliste sportif passe le relais au journaliste européen. Définitivement.

À partir de ce moment-là, Fedi ne cessera plus de promener sa grande carcasse dans les différentes institutions européennes, de passer sa tête dans les bureaux des porte-paroles et de fonctionnaires qui, très vite, découvriront la gentillesse rare du personnage, autant que sa fiabilité absolue en tant que journaliste. Des locaux de la Joyeuse Entrée au Berlaymont, du Charlemagne au Breydel et au Juste Lipse, il devient un des ténors des salles de presse, toujours à l’affût de la petite phrase, de la précision qui feront de son ‘papier’ un must dans le microcosme européen. Devenu rédacteur en chef à la fin des années 1980 et éditorialiste suite au décès d’Emanuele Gazzo en 1994, jamais il ne cessera de se fondre parmi ses confrères lors des ‘briefings de midi’ et conférences de presse, devenant au fil du temps une personnalité respectée par les commissaires et ministres qu’il venait écouter. Le respect qu’il vouait au président Jacques Delors était ainsi largement partagé.

Fedi Riccardi n’a cessé de porter sur l’Europe telle qu’elle se construit un regard confiant. Dans les « Au-delà de l’information » qu’il a pensés et écrits jusqu’en 2015, il s’est toujours évertué à voir le côté positif des choses, à discerner les petits progrès qui l’incitaient malgré tout à l’optimisme, bien souvent seul contre tous. Jusqu’au bout, il a considéré que la construction européenne était une œuvre de paix fondée sur la réconciliation des uns et des autres. Jusqu’au bout, il a voulu croire que la sagesse ne permettrait jamais aux Européens de mettre à mal cette révolution européenne, seule révolution que cet humaniste prisait.

Aujourd’hui, tous les membres de l’Agence Europe sont en deuil et se veulent aux côtés de l’épouse de Fedi, de ses cinq enfants et de sa famille. Nul doute que les lecteurs de l’Agence Europe et beaucoup de ceux qu’il a connus dans les institutions le sont un peu aussi…

Michel Theys